Divers groupes de personnes, de par la présence de certains facteurs de vulnérabilité, sont plus susceptibles que d’autres d’être victimes d’exploitation et de différentes autres formes d’abus.
Combien de personnes âgées en perte d’autonomie, par exemple, dépendent des autres, souvent de leur partenaire, pour répondre à leurs besoins les plus essentiels. En contexte de violence conjugale, ces personnes, il va sans dire, sont extrêmement vulnérables.
Nous savons très bien aujourd’hui, que la violence conjugale est une problématique complexe aux répercussions sociales et individuelles fort nombreuses. Le lien particulier unissant la personne victime à celle qui la violente complexifie l’intervention et commande une expertise solide. Lorsque l’intervention doit se faire auprès de personnes qui, en plus d’être confrontées à un problème de violence conjugale, vivent des réalités particulières, la difficulté est d’autant plus grande.
Certaines personnes, de par leur seule appartenance à un groupe considéré marginal socialement, se trouvent davantage isolées et vulnérables. Pensons, notamment, à la communauté gaie et lesbienne. Il n’est pas exceptionnel qu’une lesbienne hésite à consulter, à faire appel aux policiers et dévoiler le lien d’intimité qui l’unit à sa partenaire qui la violente par crainte d’être jugée défavorablement. Malheureusement, les nombreux préjugés, qui assaillent encore aujourd’hui cette communauté, viennent assombrir la perspective d’une aide réelle fondée sur le respect et l’acceptation des différences.
Que dire aussi des hommes violentés qui, voulant être aidés et soutenus pour composer avec leur situation conjugale pour le moins contraire à la norme, se butent à une quasi inexistence de services ou encore à des services peu conçus pour répondre aux besoins des hommes.
La marginalisation, cette mise au banc forcée, est le lot d’un grand nombre d’individus vivant dans notre société. Les femmes victimes de violence conjugale ayant des limitations fonctionnelles telles la surdité, la cécité ou celles ayant des problèmes de mobilité physique ou de santé mentale, se voient régulièrement confrontées à des services sociaux, judicaires et de santé trop souvent lacunaires et mal adaptés à leurs besoins réels. Ces femmes sont aussi plus susceptibles que bien d’autres de vivre une précarité financière importante et avoir un réseau de support moins élargi.
Ainsi, plusieurs groupes de personnes confinés au silence de l’exclusion sociale, vivent des situations potentiellement plus à risque lorsqu’il y a violence conjugale.
Force est de constater également, qu’il y a peu d’organismes spécialisés pour accueillir et aider les différents groupes de personnes vivant des réalités particulières. Qui plus est, ces organismes sont souvent sous financés et donc, voient la portée de leurs actions plus limitée alors que beaucoup reste à faire.
Heureusement, à Montréal, quelques organismes ont développé une expertise de pointe adaptée aux besoins spécifiques de groupes peu desservis par le réseau public. Cette expertise est d’autant plus précieuse en ce qu’elle milite pour un traitement juste, équitable et adapté à toutes les personnes aux prises avec la violence conjugale.
En ce sens, les groupes offrant des services aux victimes de violence conjugale vivant des réalités particulières doivent être vus comme des pionniers dans leur domaine.
Novatrices dans leurs domaines respectifs, ces ressources rencontrent toutefois plusieurs difficultés. Il est vrai qu’elles ouvrent la voie à différents groupes de personnes et favorisent la reconnaissance de leurs droits, il est vrai aussi qu’elles font oeuvre de sensibilisation et de conscientisation sociale, mais étant peu nombreuses à détenir une telle expertise pour l’ensemble du territoire du Québec, ces ressources font, plus souvent qu’autrement, cavalier seul. Elles se sentent parfois exclues du réseau et se voient souvent dans l’obligation de convaincre les autres acteurs sociaux du bien-fondé de leur mission et de leurs actions.
Il en est ainsi pour la Maison des femmes sourdes de Montréal, le Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes (GIVCL) et le Service d’aide aux conjoints (SAC). Leur présence et leur contribution aux instances de la Table leur permettent de partager leurs préoccupations et leurs expertises en regard de la population desservie par leur organisme et de sensibiliser les autres partenaires sur ces réalités particulières.
D’ailleurs, cette préoccupation concernant les réalités particulières en violence conjugale est plus présente à la Table depuis 2004. La Table amorçait à ce moment une réflexion portant sur les enjeux stratégiques en violence conjugale pour les prochaines années. À l’automne 2005, un comité de travail, devenu aujourd’hui un comité permanent de la Table, a été mis sur pied afin, entre autres, de proposer diverses activités favorisant une meilleure compréhension des réalités particulières en violence conjugale. Ainsi, une première journée d’étude portant sur le sujet a été organisée dans le cadre du colloque des 19 et 20 avril 2006 sous le thème Différents visages de la violence conjugale.
La tenue de cette activité a permis de dégager des pistes de travail pour les années subséquentes, dont celle de faire mieux connaître l’expertise développée par ces ressources spécialisées.
Ce volet fait maintenant partie des grandes priorités de la Table.



